Ödön VON HORVÀT, Storie del bosco viennese (Légende de la Forêt Viennoise)
Un thème de fond relie toutes les pièces de Ödön Von Horvat, c’est-à-dire la pitié et le chagrin pour la condition des femmes. Son point de vue, critique et moderne à son temps, se montre aujourd’hui d’une étonnante actualité.
La pièce, qui se déroule à Vienne pendant les années trente, met en scène le point de vue masculin sur la femme: pour son père, la fille est seulement un moyen pour s’assurer une vieillesse tranquille; le mari ne voit la femme qu’en tant que l’instrument pour se reproduire, en lui offrant, en échange, la respectabilité sociale; l’amante (aisée et mûre) est exploitée d’une façon mesquine; les gamines dégradées à niveau d’objets du désir. Si telle est la « normalité », la destinée de la femme est, au mieux, de se soumettre sans espoir à l’homme.
L’histoire de Marianne, la protagoniste, est le résumé du sort de presque toutes les femmes qui paraissent sur scène: son père la fait fiancer avec le boucher du quartier, mais elle est séduite par un jeune homme sec et insensible. Tout se brise rapidement: de la même façon que la désobéissance à son père et son fiancé a provoqué le reniement de Marianne, ainsi la naissance d’un enfant cause le détachement du jeune homme qui, soutenu par sa mère et sa grand-mère, lui procure un emploi louche. Elle tombe dans les mains d’une soi-disant « baronessa », qui, pour se sauver du pouvoir des hommes, a appris par la vie à se battre surtout contre les gens les plus faibles.
Et Marianne n’arrive pas à résister.
Les personnages
Valérie : une belle femme de 50 ans qui a un débit de tabac et vend aussi des journaux. Elle est
célibataire, elle a soif d’amour et elle se rend compte que le temps passe. Elle achète l’amour de jeunes escrocs sans scrupule. Elle habite dans le huitième arrondissement de Vienne, connaît bien Marianne depuis son enfance. Quelques années plus tôt elle a peut-être eu une liaison avec le père de Marianne.
Baronessa : Une jeune femme, dure et résolue qui emploie des jeunes filles désespérées en les alléchant avec des faux travaux d’artistes ; en réalité, elle en fait des prostituées.
Bientôt tout précipite, de la même façon que le milieu autour de l’histoire.
Hélène : la petite sœur aveugle de la baronne. Elle chante et joue du piano, subit les vexations de sa sœur dont elle est amour sans espoir de l’amant.
Emma : jeune fille sans expérience qui gagne sa vie avec son travail de serveuse. Elle est résignée à accepter les avances vulgaires de Aulicek, l’aide-boucher d’Oscar, pour des raisons économiques, uniquement.
Le Capitan : il mène une vie faite de routine. Toujours les mêmes questions, toujours les même réponses. Comme si le temps s’était arrêté au huitième arrondissement de Vienne.
Bientôt tout se précipite, de la même façon que le milieu autour de l’histoire. En arrière fond de tout cela,une ombre noire qui s’étend sur l’Allemagne : les ténèbres du nazisme.